Textes, poésies et paroles de chansons


Docilité



La forêt dit : « C'est toujours moi la sacrifiée,

On me harcèle, on me traverse, on me brise à coups de hache,

On me cherche noise, on me tourmente sans raison,

On me lance des oiseaux à la tête ou des fourmis dans les jambes,

Et l'on me grave des noms auxquels je ne puis m'attacher.

Ah ! on ne le sait que trop que je ne puis me défendre

Comme un cheval qu'on agace ou la vache mécontente.

Et pourtant je fais toujours ce que l'on m'avait dit de faire,

On m'ordonna : “Prenez racine.” Et je donnai de la racine tant que je pus,

“Faites de l'ombre.” Et j'en fis autant qu'il était raisonnable,

“Cessez d'en donner l'hiver.” Je perdis mes feuilles jusqu'à la dernière.

Mois par mois et jour par jour je sais bien ce que je dois faire,

Voilà longtemps qu'on n'a plus besoin de me commander.

Alors pourquoi ces bûcherons qui s'en viennent au pas cadencé ?

Que l'on me dise ce qu'on attend de moi, et je le ferai,

Qu'on me réponde par un nuage ou quelque signe dans le ciel,

Je ne suis pas une révoltée, je ne cherche querelle à personne

Mais il me semble tout de même que l'on pourrait bien me répondre

Lorsque le vent qui se lève fait de moi une questionneuse. »

Jules Supervielle



LA COLOMBE ET LA FOURMI

L'autre exemple est tiré d'Animaux plus petits.
Le long d'un clair ruisseau buvait une Colombe,
Quand sur l'eau se penchant une Fourmi y tombe.
Et dans cet océan l'on eût vu la Fourmi
S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive.


La Colombe aussitôt usa de charité.
Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté,
Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive.
Elle se sauve ; et là-dessus
Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus.
Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète.
Dès qu'il voit l'Oiseau de Vénus,
Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête.


Tandis qu'à le tuer mon villageois s'apprête,
La Fourmi le pique au talon.
Le Vilain retourne la tête.
La Colombe l'entend, part, et tire de long.
Le soupé du Croquant avec elle s'envole :
Point de Pigeon pour une obole.

Jean de la Fontaine (1621-1695)

Pour écouter, cliquez ici

File:Rabier - Fables de La Fontaine - La Colombe et la Fourmi.jpg



Le Lion et le Rat


Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde : 
On a souvent besoin d'un plus petit que soi. 
De cette vérité deux fables feront foi, 
Tant la chose en preuves abonde. 

Entre les pattes d'un Lion, 
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie. 
Le Roi des animaux, en cette occasion, 
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie. 

Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ? 

Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire. 

Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage. 
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage. 

Jean de la Fontaine
 




3 commentaires:

  1. est-ce qu'on fait une illustration en-dessous du texte ?

    Néïs

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, Néîs. En général, je distribue une petite feuille blanche pour ça, que l'on colle ensuite dans le cahier, à la suite du texte ou sur la page suivante. Si tu veux, tu peux le faire tout de suite.

      Supprimer
  2. maitre vous pouvai envoye le chant "ALLEZ ALLEZ ALLONS CAR J AI OUBLIER MOn cahier

    RépondreSupprimer